dimanche 11 septembre 2016

LIBERTE DE CONSCIENCE EN TUNISIE

Liberté de conscience La constitution tunisienne est l’une des premières dans le monde arabe si ce n’est la première à reconnaitre les libertés de consciences et de croyances, le principe fondamental de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Les tunisiens peuvent donc jouir de cette liberté loin des préjugés et des persécutions. Dans son chapitre 1 : disposition générale, l’article 6 de la Constitution de la République Tunisienne dit: “L’Etat est gardien de la religion. Il garantit la liberté de croyance, de conscience et le libre exercice du culte; il est le garant de la neutralité des mosquées et lieux de culte par rapport à toute instrumentalisation partisane. L’Etat s’engage à diffuser les valeurs de modération et de tolérance, à protéger les sacrés et à interdire les campagnes d’accusation d’apostasie et l’incitation à la haine et à la violence. Il s’engage également à s’y opposer.” De houleux et vifs débats ont marqué l’Assemblé Constituante. C’est un des articles qui a fait le plus couler d’encre à cause de la place de la religion et aux libertés de conscience et croyance ! Durant les débats sur l’article 6, des voix se sont élevés, particulièrement contre l’inscription de la liberté de conscience…, cela est sans compté sur la vigilance de la société civile et la Ligue Tunisienne des droits de l’Homme et bien sûr de l’opposition démocrate Rappelons par ailleurs que la constituante était formé par une majorité d’islamiste d’Ennahdha. En effet, il a été vivement débattu, certain estimaient que la liberté de conscience permettrait “aux satanistes et aux idolâtres d’organiser des manifestations publiques…pour propager leurs croyances” Pourtant en ce jour du 4 janvier 2014 la Tunisie adopte la liberté de conscience par 149 voix, contre 23 objections et 13 abstentions sachant que l’Assemblé constituante est composée de 217 membres élus le 23 octobre 2011! Il faut également rappelé le contexte de l’époque : deux assassinats politiques attribués à la mouvance islamiste et de nombreux cas de violences basés sur les discours religieux incitant à la haine et à la violence. Le “takfir” (accusation d’apostasie) pourrait ne pas entrer dans ces notions mais il y a une signification particulière qui peut facilement être transposé juridiquement! Cela étant il est important de lire l’article 1 et l’article 2 du même chapitre 1 de la constitution. L’article stipule : “La Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion, l’arabe est sa langue et la République son régime” Cet article a été repris mot à mot de la première constitution de la République tunisienne de 1959 par Bourguiba et il n’est pas permis de l’amender. En énonçant que “l’Islam est sa religion” laisse entendre que cet Islam est identitaire mais ne laisse pas la place à la Charria qui est complément rejetée! L’Islam ne sera pas source de droit Quant à l’article 2 , il stipule: “La Tunisie est un Etat à caractère civile, basé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et la primauté du droit” Là encore cet article ne peut être amendé. Ces deux articles non amendables dépeignent l’esprit du tunisien actuelle né dans le terreau de la Grande Mosquée La Zitouna où l’on enseignait un Islam tolérant depuis toujours. Il est aussi important de souligner ce qu’a été l’Ecole de Kairouan en ce sens des siècles au paravent ! Ces deux premiers articles, non amendables, définissent la Tunisie comme une République guidée par la “primauté du droit”, un Etat “libre, indépendant, souverain” et “civil” dont la religion est l’Islam et le Coran et la Sunna (ensemble des paroles du prophète; de ses actions et de ses jugements) ont été rejetés. En revanche, conformément à un compromis entre le parti islamiste Ennahda (majoritaire) et l’opposition, la Constitution fera de l’Islam la religion du pays. Cela répond bien si je puis dire à la révolution Tunisienne qui a été une révolution civil, où le religieux n’a jamais été évoqué ni scandé, si ce n’est pour la tolérance : des pancartes brandies par des manifestants montrant l’association de symboles des différents dogmes : le Croissant, la Croix et l’Etoile de David. Yadh Ben Achour (spécialiste des théories politiques et de droit public) dira : “ ce caractère civil, doit être compris dans le sens moderne du terme, selon l’esprit de la Révolution qui suppose la séparation de la religion de la politique et de la législation et non selon sa définition traditionnelle d’après laquelle l’islam constitue en lui même un Etat civil. Il n’est pas permis de confondre les deux définitions ni de jouer sur les mots! le terme ETAT CIVIL veut dire un état non religieux, sans plus” (fin de citation). Tout cela ne s’est pas fait sans heurts politiques créant une crise sans précédent. La pression du parti islamiste Ennahda est à son paroxysme, son gouvernement est critiqué pour son laxisme envers les islamistes radicaux, s’ensuivent des attentats dont le plus médiatisés est celui de Chokri Belaïd le 6 mars 2013! Les tensions s’accroissent entre le parti au pouvoir majoritairement islamiste et l’opposition allant jusqu'à interrompre les travaux de la constituante !!! Vu la situation très critique, l’UGTT, (union générale tunisienne du travail) syndicat historique appelle à une dialogue national entre les parties. Ainsi fût crée le Quartet UGTT, UTICA (Union tunisienne de l’industrie du commerce et de l’artisanat), le Conseil de l’Ordre des Avocats et la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme. Un quartet est née se donnant comme but l’organisation des négociations entre les parties politiques tunisiens pour assurer la transition du régime de l’assemblé constituante de 2011 vers un régime démocratique permanent. Ce Quartet a obtenu le Prix Nobel de la Paix en 2015 pour son succès dans la mission qui a aboutit à l’organisation des élections présidentielles et législatives ainsi qu’à la ratification de la nouvelle constitution en 2014. Je rappelle ce point de l’histoire post révolution pour souligner l’importance de l’esprit civil des citoyens tunisiens! Le poids de la société civile reste très important. Un des piliers important de cette constitution est l’affirmation d’un Etat Civil, le deuxième , la Liberté de Conscience et le troisième concerne la Liberté des femmes, elles sont l’égale de l’homme. Je voudrais souligner que la peine de mort n’a pas était aboli malgré l’abolitionniste, le dernier exécution date de 1991 Qu’en est il aujourd’hui ? Rapport sur la religion et le Liberté de conscience Un rapport sur “La religion et la liberté de conscience en Tunisie” montre que 70% des personnes interrogées se considèrent pieux” 19,5% se disent “très peu attachés à la religion”, 7,2% “irréligieux” et 2,4% “très pieux”. Concernant leur représentation de la religion, le rapport montre que 34% des sondés pensent qu’elle constitue un style de vie”. 2,4% une “appartenance culturelle” et 17,7% “une question personnelle”. Pour 5% de l’échantillon, la religion ne signifie rien, alors que 2% jugent qu’elle constitue un obstacle au progrès. A propos du salafisme jihadisme, 5,52% de l’échantillon estiment que ce mouvement est acceptable”; 0,7% dont la majorité est âgée entre 18 et 35 ans le trouve très acceptable”. L’étude révèle aussi que 47,14% des personnes interrogées refusent ce mouvement de manière catégorique. L’étude a été initiée en partenariat entre le Forum des sciences sociales appliquées, l’Institut arabe des droits de l’Homme et l’Observatoire arabe de la jeunesse et avec le soutien du Fonds Arabe des Droits de l’Homme L’enquête a été réalisé auprès de 1200 personnes réparties sur le territoire tunisien. L’objectif visée était de mesurer jusqu’à quel degré les Tunisiens sont acquis à l’idée de Liberté de conscience. Plus généralement, l’enquête a tenté de définir les attitudes de nos compatriotes envers les différences de croyance et les autres communautés religieuses et leur perception de la relation entre religion et tenue vestimentaire, outre leur rapport aux rituels religieux. De prime abord, les principaux résultats de l’enquête, révèlent que les tunisiens musulmans majorité écrasante de la population, vivent leur religion et leurs rapports à la religion de manière contradictoire. En effet, l’étude démontre qu’ils sont tiraillés entre ouverture et conservatisme, cherchant des compromis et des semi-solutions, ce qui fait ressortir mainte paradoxes. Seulement 39% des tunisiens optent pour le respect des croyances des autres et 28% pour le principe de la liberté de croyance. Des chiffres qui font apparaitre l’étendu de l’intolérance dans notre société. D’après le rapport, ce choix et cette réserve se confirment dans l’attitude du tunisien l’égard de l’appartenance au chiisme, aussi bien qu’à la conversion au christianisme. Ainsi, 54% des personnes interrogées voient d’un mauvais œil l’appartenance d’un tunisien au chiisme, pour le reste, cela relève, pour eux d’une liberté personnelle… Par ailleurs, ce refus se transforme en forte opposition quand un tunisien sunnite se convertit au chiisme! La raison? Cette conversion est perçu comme une menace pour l’identité communautaire majoritaire des tunisiens. On a pu recueillir un bref témoignage d’un jeune tunisien chiite qui a préféré garder l’anonymat: “ La majorité des tunisiens n’accepte pas la différence. Quand j’ose dire à mon entourage et à mes connaissances que je suis chiite, je perçois de l’étonnement et de l’animosité. C’est comme si je constituais une quelconque menace, rien que par mes convictions religieuses. Les gens ne comprennent pas et pensent que j’appartiens à une secte hérétique” D’autre part 91% des tunisiens sont pour la liberté de prêcher l’islam en terre non-musulmane , alors que paradoxalement, ils refusent, dans une proportion égale, l’activité missionnaire chrétienne en Tunisie. A savoir que la conversion d’un tunisien musulman au christianisme est refusée à 93%. Le principe de liberté de conscience n’est pas prêt d’être accepté par la majorité… Les tunisiens sont ils religieux ou irréligieux ? On apprend que 73% des personnes interrogées se considèrent comme très religieux, 19,6% se considèrent comme peut religieux et 7% comme religieux, sachant que 58,8% des personnes se disant très religieux font leurs prières quotidiennes. En outre les ¾ des tunisiens pensent que l’Islam n’impose pas de tenue particulière aux hommes, alors que concernant les femmes 83% ont répondu par la positive. Toutefois, 49% d’entre eux estiment que le port du voile est obligatoire, contre 45,2% qui pensent que l’Islam n’exige de la femme qu’un habit décent. En ce qui se rapporte au mariage mixte, alors que la Charia n’a rein contre le mariage d’un musulman de sexe masculin avec une non-musulmane, environ 40% des tunisiens s’y opposent ou ne l’accepte que dans des situations exceptionnelles. Par contre, l’enquête révèle que 37% des interrogés acceptent le mariage d’une musulmane avec un non-musulman (interdit par la Charia) ou y voient un domaine réservé à la liberté personnelle. Pour ce qui est de l’égalité successorale, elle est refusée par 66% des tunisiens, quoique mieux accueilli par les femmes. L’égalité homme-femme dans l’héritage reste de domaine de l’intouchable… (Source Ikhlas Latif, Besness News) La pratique de ce droit fondamentale qu’est la liberté de conscience est loin d’être acceptée et acceptable en Tunisie, malgré les slogans de tolérance et d’ouverture véhiculés par les générations de politiques qui se sont succédés en Tunisie. Au vu de ses résultats préliminaires, se révèlent une coquille vide et il reste un long chemin à faire pour que les mentalités changent. Il faudra les bousculer ! NB : Nous apprenons que Ennahda lors de son congrès du 20 et 22 mai 2016 “sort de l’Islam politique” est-ce un signe ? Il se voit comme étant une démocratie musulmane.